Culture des langues · tous niveaux · Emprunts et origines du lexique

D'où viennent les mots français ? Quiz sur les emprunts linguistiques

La vidéo pose 31 questions sur des mots du quotidien dont l'origine va te surprendre. La page va plus loin : elle explique par quels chemins ces mots sont arrivés en français, et comment les reconnaître à l'avenir.

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Quiz culture générale : ces mots français viennent de quelle langue ?5:54

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La leçon

Tout ce qu'il faut savoir pour ne plus te tromper

Le français, un lexique construit sur des siècles d'emprunts

Le français a beau s'appeler une langue romane, héritée du latin, son vocabulaire courant est un patchwork. Sur les 35 000 mots environ d'un dictionnaire courant, un peu plus de 4 000 sont des emprunts directs à d'autres langues. Certains sont transparents (« football », « pizza »), d'autres sont tellement déformés qu'on ne reconnaît plus l'original (« redingote », « choucroute »). Ce quiz porte sur ce deuxième groupe, le plus intéressant.

Quatre grandes vagues d'emprunts expliquent l'essentiel : les contacts avec le monde arabo-musulman au Moyen Âge et à la Renaissance (par le commerce méditerranéen et les Croisades), l'influence italienne aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles (arts, banque, cuisine), les emprunts à l'espagnol liés aux Amériques et aux échanges ibériques, et la vague anglaise qui ne s'arrête pas depuis le XVIIIᵉ siècle. L'allemand, lui, a surtout contribué par voisinage géographique et par les guerres.

Les emprunts à l'arabe : plus courants que tu ne le crois

L'arabe figure parmi les principales sources d'emprunts du français. Environ 250 à 270 mots courants en viennent, soit autour de 6 % des emprunts. C'est considérable pour une langue non européenne. Le canal principal : le commerce méditerranéen entre le XIIᵉ et le XVᵉ siècle, puis la présence arabe en Espagne qui a retransmis des dizaines de termes au reste de l'Europe. La plupart des emprunts arabes sont passés par le castillan, le catalan ou l'occitan avant d'atteindre le français.

Mots français d'origine arabe (sélection)

magasin
lieu de vente · de l'arabe مَخَازِن (makhāzin), pluriel de مَخْزَن (makhzan), « entrepôt, trésorerie ». Ce même mot a donné « magazine » en anglais, initialement un recueil de textes stockés.
jupe
vêtement · de l'arabe جُبَّة (jubba), désignait un vêtement de dessous en laine ou en soie. Arrivé en Europe par le commerce méditerranéen.
pastèque
fruit · de l'arabe بَطِّيخ (baṭṭīkh). Passé par le portugais « pateca » avant d'entrer en français.
sucre
édulcorant · de l'arabe سُكَّر (sukkar), lui-même du sanskrit śarkarā.
coton
fibre textile · de l'arabe قُطْن (quṭn). Un des emprunts les plus anciens, documenté en français dès le XIIᵉ siècle.
algèbre
branche des mathématiques · de l'arabe الجَبْر (al-jabr), « réunification des parties brisées », terme du mathématicien al-Khwārizmī au IXᵉ siècle.
zéro
chiffre · de l'arabe صِفْر (ṣifr), « vide », via l'italien « zero ».
sirop
liquide sucré · de l'arabe شَرَاب (sharāb), « boisson ».
café
boisson et lieu · de l'arabe قَهْوَة (qahwa), via le turc « kahve ».
alcool
substance chimique et boisson · de l'arabe الكُحْل (al-kuḥl), poudre fine utilisée comme fard à paupières, dont le sens s'est élargi en chimie européenne.
L'article arabe « al- » caché dans le motBeaucoup de mots arabes passés en français conservent l'article défini arabe al- intégré dans le corps du mot : algèbre, alcool, alchimie, almanach. Quand tu vois un mot français commençant par « al- », pose-toi la question.

Les emprunts à l'anglais : le plus grand pourvoyeur

Avec environ 25 % des emprunts identifiés (d'après Henriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs), l'anglais est aujourd'hui la première langue d'où le français tire du vocabulaire. Mais cette domination est récente : avant le XVIIIᵉ siècle, le flux était plutôt inverse (le normand et le français médiéval avaient envahi l'anglais après 1066). Ce qui rend les emprunts à l'anglais particulièrement trompeurs, c'est la francisation phonétique : le mot anglais est intégré à l'oreille, pas à l'écrit, et le résultat final est parfois méconnaissable.

Mots français d'origine anglaise

paquebot
grand navire de passagers · de l'anglais « packet boat », le bateau postal. La francisation à l'oreille a effacé toute trace de l'original.
redingote
long manteau ajusté · de l'anglais « riding coat », le manteau pour monter à cheval. Même processus : transcription phonétique approximative.
bifteck
steak de bœuf · de l'anglais « beefsteak ». Francisé à l'oreille au XVIIIᵉ siècle.
flirter
montrer un intérêt amoureux · de l'anglais « to flirt ». Paradoxalement, « flirt » vient lui-même peut-être de l'ancien français « fleureter ».
boulingrin
pelouse soignée, gazon · de l'anglais « bowling green ». Quasi disparu de l'usage courant, mais encore dans les jardins historiques.
week-end
fin de semaine · de l'anglais « weekend ». L'Académie française accepte « fin de semaine » mais l'usage a tranché.
Repère les emprunts à l'anglais francisésQuand un mot français te semble bizarre pour une réalité concrète (un outil, un vêtement, un moyen de transport), prononce-le à voix haute en anglais. Paquebot → « packet boat », redingote → « riding coat » : le déclic est souvent immédiat.

Les emprunts à l'allemand : des mots de frontière

Les emprunts à l'allemand et aux langues germaniques en général ont deux origines principales : la proximité géographique avec l'Alsace, la Lorraine et les Flandres, et les guerres successives qui ont mis des soldats francophones en contact avec des populations germanophones. Résultat : beaucoup de ces mots concernent la maison, l'artisanat ou la nourriture.

Mots français d'origine allemande

vasistas
petite fenêtre à battant au-dessus d'une porte ou d'une grande fenêtre · de l'allemand « Was ist das? » (Qu'est-ce que c'est ?). Des soldats allemands demandaient ce qu'était cette ouverture inconnue chez eux ; le français a adopté leur question comme nom de la chose.
choucroute
chou fermenté · de l'allemand « Sauerkraut » (chou aigre). Francisé phonétiquement jusqu'à ressembler à « chou » + « croûte », ce qui n'a aucun rapport avec l'étymologie réelle.
kitsch
de mauvais goût ostentatoire · de l'allemand « Kitsch », terme apparu dans le milieu des arts munichois au XIXᵉ siècle pour désigner des œuvres de piètre qualité vendues aux touristes.
képi
coiffe militaire à visière · de l'allemand suisse « Käppi », diminutif de « Kappe » (bonnet).
trinquer
choquer les verres · de l'allemand « trinken » (boire). Passé en français par les contacts militaires et frontaliers.
sabre
arme blanche à lame courbe · du hongrois « szablya » via l'allemand « Säbel ». Un emprunt en chaîne.
Vasistas : l'emprunt le plus littéral de la langueC'est probablement l'exemple le plus fascinant de toute l'étymologie française : un nom d'objet qui est en réalité une question. Le français a transformé « Was ist das ? » en substantif masculin (le vasistas). Ce mécanisme, où une expression étrangère devient un mot de la langue d'accueil, s'appelle une lexicalisation.

Les emprunts à l'espagnol : l'Amérique par ricochet

L'espagnol a fourni des mots au français par deux voies. La première est directe : les contacts entre la France et l'Espagne, notamment au XVIIᵉ siècle quand la cour de France était sous influence ibérique. La seconde est indirecte : l'Espagne a colonisé l'Amérique et récupéré des centaines de mots des langues amérindiennes (nahuatl, quechua, taïno), qu'elle a transmis ensuite au français. Le moustique suit la première voie ; des mots comme « chocolat » (du nahuatl) suivent la seconde.

Mots français d'origine espagnole

moustique
petit insecte piqueur · de l'espagnol « mosquito », diminutif de « mosca » (mouche). Littéralement : petite mouche.
camarade
compagnon proche · de l'espagnol « camarada », de « cámara » (chambre). Désignait ceux qui partageaient la même chambrée ou le même quartier militaire.
guitare
instrument à cordes · de l'espagnol « guitarra », lui-même de l'arabe قِيثَارَة (qīthāra), et en amont du grec « kithara ». Un emprunt en trois langues.
tomate
légume-fruit · de l'espagnol « tomate », du nahuatl « tomatl ». Passé en France vers 1600.
cacao
fève et poudre chocolatée · de l'espagnol « cacao », du nahuatl « cacahuatl ».
cigare
rouleau de tabac · de l'espagnol « cigarro », probablement du maya « siyar » (fumer des feuilles roulées).

Tableau récapitulatif : les grandes sources d'emprunts (d'après Henriette Walter, L'aventure des mots français venus d'ailleurs)

Langue sourcePart estimée des empruntsPériode principaleDomaines typiques
Anglais~25 %XVIIIᵉ siècle à aujourd'huitechnologie, sport, mode, transport
Italien~16 %XVIᵉ-XVIIᵉ sièclearts, cuisine, banque, musique
Langues germaniques (dont allemand)~12 %Moyen Âge à XIXᵉ sièclemaison, artisanat, militaire
Espagnol~4 %XVIᵉ-XVIIᵉ siècleplantes, animaux, vie sociale
Arabe~6 %XIIᵉ-XVIᵉ sièclesciences, commerce, textiles, alimentation

Comment un mot étranger devient-il français ?

Un emprunt passe par trois stades. D'abord il est senti comme étranger et souvent mis en italique ou entre guillemets. Ensuite il est francisé phonétiquement (à l'oreille) ou graphiquement (à l'écrit). Enfin il est intégré : il prend un genre, se plie aux règles de pluriel, se conjugue si c'est un verbe. « Parking » est encore perçu comme anglais mais « bifteck » ne l'est plus. « Choucroute » a tellement été francisé que la plupart des gens sont convaincus que c'est un vieux mot français.

Les trois stades d'intégration d'un emprunt

  1. 1. XénismeLe mot est perçu et utilisé comme étranger. Il garde souvent sa graphie et sa prononciation d'origine. Ex. : « kitsch » dans les années 1960.
  2. 2. Emprunt en cours de francisationLe mot est adapté à la phonologie ou à l'orthographe française. Il reçoit un genre grammatical. Ex. : « paquebot » issu de « packet boat ».
  3. 3. Emprunt intégréLe mot est perçu comme français par les locuteurs natifs. Son origine est oubliée. Ex. : « magasin », « jupe », « choucroute ».
Un outil pour creuser : la page culture du RacinologueSi ce thème te passionne, la section Culture des langues propose d'autres quiz sur les étymologies et les familles de mots. Une bonne façon de construire un regard transversal sur le lexique.
Rejouer le quiz avec tout ça en têteLe quiz est juste au-dessus, on t'y ramène.

Ce que le quiz t'apprend sur la façon d'apprendre du vocabulaire

Connaître l'origine d'un mot, c'est multiplier les crochets mémorables. Si tu sais que « magasin » et « magazine » viennent du même mot arabe (entrepôt), tu retiens les deux en un seul effort. Si tu sais que « alcool », « algèbre » et « almanach » commencent tous par l'article arabe al-, tu peux inférer des dizaines d'autres mots. C'est l'approche racinologique : au lieu de mémoriser des listes, tu travailles les familles et les patterns.

Pourquoi les emprunts sont si souvent méconnaissables

Deux mécanismes déforment les mots en transit. La francisation phonétique : on écrit ce qu'on entend, pas ce que l'original épelle (« riding coat » → « redingote », « beefsteak » → « bifteck »). L'analogie morphologique : on rattache le mot étranger à une forme française qui lui ressemble, même sans rapport (« choucroute » ressemble à « chou » + « croûte », ce qui facilite la mémorisation mais brouille l'origine).

Les indices qui trahissent un emprunt

  • Un groupe consonantique inhabituel en français (« ck », « tz », « sch ») signale souvent un emprunt germanique ou anglais.
  • Un début en « al- » ou « az- » évoque souvent un passage par l'arabe (alcool, azur, almanach).
  • Un mot qui désigne une plante, un animal ou un aliment exotique est souvent un emprunt espagnol ou portugais relayant un mot amérindien.
  • Un mot technique ou militaire apparu au XVIIIᵉ siècle est souvent d'origine anglaise.
  • Un mot de la cuisine ou des arts apparu au XVIᵉ siècle est souvent d'origine italienne.

Le français emprunte encore aujourd'hui

L'emprunt n'est pas un phénomène du passé. En ce moment, le français intègre des dizaines de mots anglais liés au numérique, aux réseaux sociaux, aux modes de vie. « Streamer », « vlogger », « ghosting », « burnout » sont en cours d'intégration. Dans 50 ans, certains seront dans le dictionnaire sans guillemets, d'autres auront disparu, et quelques-uns auront été tellement déformés qu'on ne reconnaîtra plus l'anglais d'origine. Le cycle recommence.

Emprunt vs calque : deux stratégies opposées

Emprunt directCalque
DéfinitionOn prend le mot tel quel (avec adaptation phonétique possible)On traduit le mot pièce par pièce dans la langue d'accueil
Exemple anglais → français« week-end » (conservé)« gratte-ciel » (traduction de « skyscraper »)
Exemple allemand → français« kitsch » (conservé)« jardin d'enfants » (traduction de « Kindergarten »)
RésultatLe mot garde une trace visible de l'étrangerLe mot semble entièrement français
Fréquence aujourd'huiDominant dans le numérique et la pop culturePréféré par les institutions (Académie, OQLF au Québec)

L'emprunt : une force, pas une faiblesse

Les puristes voient dans les emprunts une menace pour la langue. Les linguistes y voient plutôt un signe de vitalité : une langue qui emprunte est une langue vivante, en contact avec d'autres cultures, capable de nommer des réalités nouvelles. Le latin lui-même a massivement emprunté au grec. Et le français médiéval a donné des milliers de mots à l'anglais que l'anglais moderne lui renvoie transformés. Les langues ne sont pas des entités pures : ce sont des systèmes en mouvement perpétuel.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande sur ce thème

quels mots français viennent de l'arabe
Environ 250 à 270 mots courants du français viennent de l'arabe. Parmi les plus fréquents : magasin, sucre, coton, café, alcool, algèbre, zéro, jupe, pastèque, sirop. Beaucoup sont passés par l'espagnol ou le portugais avant d'atteindre le français, via les échanges commerciaux méditerranéens du Moyen Âge.
d'où vient le mot redingote
Redingote vient de l'anglais « riding coat », le manteau porté pour monter à cheval. Le mot a été transcrit phonétiquement par des francophones qui l'entendaient sans le lire, ce qui explique que la forme finale ressemble à du français sans conserver aucune trace de l'original anglais.
pourquoi dit-on vasistas
Vasistas vient de la question allemande « Was ist das ? » (Qu'est-ce que c'est ?). Des soldats ou artisans germanophones, découvrant ces petites fenêtres à battant au-dessus des portes, posaient cette question. Les francophones ont pris la question pour le nom de l'objet. C'est un des rares exemples où une phrase entière est devenue un substantif dans une autre langue.
quelle langue a donné le plus de mots au français
L'anglais est aujourd'hui la première source d'emprunts du français, avec environ 25 % des emprunts identifiés. L'italien arrive deuxième avec environ 16 %, suivi des langues germaniques (~12 %), de l'espagnol (~4 %) et de l'arabe (~6 %), d'après Henriette Walter (L'aventure des mots français venus d'ailleurs). Avant le XVIIIᵉ siècle, c'était l'italien qui dominait.
d'où vient le mot choucroute
Choucroute vient de l'allemand « Sauerkraut », qui signifie littéralement « chou aigre » (sauer = aigre, Kraut = chou/herbe). La francisation phonétique a produit une forme qui ressemble à « chou + croûte », créant une fausse impression d'origine française. Le mot n'a rien de français à la base.
exercice étymologie mots français langue étrangère
Le meilleur exercice consiste à prendre un mot français qui te semble bizarre pour ce qu'il désigne et à chercher son entrée dans le dictionnaire étymologique (le TLFi est consultable gratuitement en ligne). Pour les mots d'origine arabe, cherche si le mot commence par « al- » ou contient une consonne géminée. Pour les mots d'origine anglaise, prononce le mot à l'anglaise et cherche la correspondance. Ce quiz en est un entraînement ludique.
comment apprendre l'étymologie des mots français
Trois approches se complètent. Travailler par familles de racines latines et grecques pour le vocabulaire savant. Repérer les marqueurs d'origine (« al- » pour l'arabe, consonnes doubles pour l'allemand, etc.) pour les emprunts. Utiliser des quiz réguliers pour ancrer les associations, comme ceux proposés ici sur Le Racinologue. L'objectif n'est pas de mémoriser des dates mais de voir les patterns.
mots français d'origine espagnole liste
Les principaux mots français d'origine espagnole incluent : moustique, camarade, guitare, tomate, cacao, cigare, banane (via le portugais), adjudant, lasso, canyon, patio, siesta. Beaucoup de mots espagnols passés en français désignent des plantes ou des animaux d'Amérique, car l'Espagne a servi de relais pour les emprunts aux langues amérindiennes comme le nahuatl.

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